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Le Journal de Bord
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Dimanche 19 avril
Aujourd’hui, pour le premier jour, l’équipe a fait connaissance et a revu les bases des périodes géologiques et des trilobites. Les trilobites sont des animaux apparus pour la première fois il y a 485 millions d’années et composés de trois parties (lobes) appelées axis au centre et plèvres sur les côtés.
Nous sommes partis avec le van s’installer dans notre logement à Arouca, et nous avons effectué une visite sympathique au musée des trilobites à Canelas.
Le musée a été créé par un homme dont le métier était d’extraire l’ardoise pour en faire des matériaux de construction. Pendant la coupe de l’ardoise, il trouvait très régulièrement des trilobites et les a tous conservés pour être ensuite examinés par des scientifiques.
Nous y avons donc regardé un film nous expliquant cette histoire ainsi que le lien entre les trilobites et le monde animal tel qu’il est aujourd’hui. En effet, les trilobites étaient les premiers arthropodes à développer des techniques et caractéristiques de défense contre les prédateurs, comme la solidarité de groupe, la carapace, le fait de se rouler en boule pour se protéger, marcher en file indienne... etc. Exactement ce que l’on retrouve chez de nombreuses espèces actuellement.
Nous avons également eu l’occasion d’en apprendre davantage sur les yeux des trilobites, qui pouvait être simples (comme ceux des humains), composés (comme ceux des mouches) ou même être absents.
Les trilobites ont disparus il y 250 millions d’années, mais nous partirons a la recherche de leurs fossiles demain. Espérons faire de bonnes trouvailles !
Lundi 20 avril
Aujourd’hui a été notre premier grand jour de fouille pour trouver nos premiers fossiles du séjour. Le but de la journée est de nous apprendre à repérer des fossiles sur le terrain.
Après avoir roulé à travers les montagnes portugaises, nous avons atteint notre destination, près de Porto. Le secteur est connu pour ses trilobites de l’Ordovicien, une période géologique qui s’est étalée de -486 à -443 millions d’années, bien avant les dinosaures.
Nous avons commencé à chercher sur un premier gisement près d’une rivière. Il y avait plein de schistes à casser avec de potentiels fossiles dedans. Nous avons trouvé beaucoup de brachiopodes, des petits fossiles qui ressemblent nos coquillages. Nous avons surtout commencé à trouver nos premiers trilobites. On trouvé des pygiudiums avec parfois une partie du thorax, certains étaient petits, d’autres plus grands. Il y avait un pygidium qui se terminait en petites boules ; appartenant peut-être au genre Placoparia. On a trouvé plusieurs autres céphalons avec une petite boursouflure au bout du rachis ; cela nous a fait penser au genre Neseuretus, qui est très répandu, même en France. On a aussi vu une empreinte d’un grand pygidium qui devait appartenir à un trilobite de la famille des asaphidés.
Après on bon temps de fouille, nous avons déjeuné pour reprendre des forces, car un deuxième gisement à trilobites nous attendait dans l’après-midi.
A ce second gisement, nous avons trouvé les mêmes roches que ce matin, mais surtout, nous avons trouvé encore plus de trilobites. On a trouvé en plus un trilobite dont le pygidium et le céphalon font la même taille, avec une faible ornementation ; on pense qu’il s’agit de l’espèce Ectillaeus giganteus. On a vu beaucoup d’autres fragments, souvent déformés, ce qui complique leur identification. On tout de même avoir trouvé un certain nombre de trilobites des familles des phacopidés et des asaphidés. On a également trouvé des bouts de coquilles d’orthocères, des mollusques céphalopode comme les pieuvres ou les seiches. Sauf que les orthocères avaient une coquille externe toute droite. Les plus grands orthocères durant l’Ordovicien pouvaient atteindre plusieurs mètres et se nourrissaient parfois de trilobites.
Le plus beau spécimen de la journée a été trouvé par Morgan. En cassant un cailloux, il a découvert un trilobite complet ! On a tenté de l’identifier et on a beaucoup hésité. Mais pense qu’il pourrait s’agir de l’espèce Phacopidina micheli.
Toutes ses trouvailles nous ont permis de mieux connaître les trilobites. A partir de demain, on va commencer à chercher d’autres trilobites, cette fois plus difficile à voir plus rares. C’est justement ce qui intéresse les paléontologues !
Mardi 21 avril
Aujourd’hui tout a changé ! Le soleil nous a quitté pour les nuages et le vent. En cette matinée venteuse nous mangions notre petit-déjeuner, ignorant les signes annonçant l’apocalypse. Pour nous éloigner des vents du Ragnarok portugais, nous partîmes au sud pour rejoindre les terres ensoleillées.
Après plusieurs millions d’années de voyage sinueux nous décidâmes de nous arrêter sur le bord de la route pour une pause bien méritée. Nous avons alors fait face à des affleurements du Dévonien, période peu documentée au Portugal. Par notre bonté et engouement, nous nous mirent à chercher des traces de vie antérieures au nom de la recherche. Malheureusement ce n’était que le dépôt, déjà vidé, de dealer de schiste.
Nous repartîmes à notre vanne tout terrain, multifonction, volant et sous marin pour reprendre la route vers les terres ensoleillées. Après de nouveaux millions d’années de voyage, le groupe de vaillants explorateurs, dirigé par le Duc Florian Noirit De La Sienne, mirent la main sur des denrées anciennes et précieuses.
Des plantes piégées dans la roche datant du Carbonifère, une période géologique de -359 à -299 millions d’années où se sont formés le charbons qu’on exploite aujourd’hui. Équipé de leur marteau, le groupe excava ces denrées à l’odeur de menthe des roches déjà sorties de la paroi.
Mais alors que nous excavâmes de la roche ces précieuses plantes vieilles de 300 millions d’années, nous nous firent surprendre par la faim. Nous nous éloignâmes et mangeâmes près d’un petit ruisseau.
Ici nous avons dégusté nos sandwichs avec appétit pendant que le plus jeune d’entre nous, le petit mais audacieux Morgan, expérimenta la tension superficielle de l’eau à l’aide de roches locales et de ricochets. Quand l’interlude prit fin, nous nous redirigeâmes vers les terres ensoleillées du sud. Nous nous sommes alors arrêtés plus loin, sur les hauts plateaux portugais de Buçaco pour admirer la vue, et grâce au Le Duc Florian nous avons remonté le temps et avons assisté à la débâcle de Napoléon à la bataille de Buçaco de 1810. Nous avions tous les tenants et aboutissants de la période napoléonienne.
Après cette légère digression (gression !) historique nous reprîmes la route pour notre quête. La route fut longue mais nous trouvâmes une taverne, à l’intérieur d’un marché, où nous pouvions nous recharger en vivre. Finalement nous avons rejoint notre logement, regrettablement, suivis par le Ragnarok portugais.
Mercredi 22 avril
Nous sommes allés sur les collines du centre du Portugal pour chercher des fossiles dans les roches de cette période. Nos trouvailles vont alimenter les recherches des paléontologues portugais qui s’intéressent beaucoup aux fossiles de cette période géologique en ce moment.
Mission accomplie avec succès ! Morgan a trouvé plein de brachiopodes. Lilou et Titouan un trilobite chacun. Des fossiles rares ici ! L’un est possiblement un trilobite de la famille des phacopinés, mais il est un peu effacé et difficile à déterminer. Le second est un trilobite de la famille des astéropyginés, très reconnaissables à leurs épines au bout de leur pygidium. Sarah un corail rugueux, un groupe de coraux aujourd’hui disparu, une découverte rarissime dans le secteur ! Les paléontologues ont été surpris de cette trouvaille !
Nous sommes ensuite allés nous balader à Dornes, un petit village, très beau, un des plus beau du Portugal apparemment. Il est perché au dessus d’un lac et son église serait construite sur des ruines romaines.
Puis, nous sommes allés à un musée près de Tomar, le Centro Paleontologica Nery Delgado.
Il a été construit entièrement par Miguel Pires et a récemment ouvert. Il rend hommage aux travaux de Nery Delgado, un géologue du 19e siècle qui a été un pionnier pour la géologie portugaise. Nous avons visité cet endroit, les collections du musée, le parcours à l’extérieur qui retrace l’histoire de la vie sur Terre, et le parcours intérieur qui expose le patrimoine paléontologique du Portugal (trilobites, brachiopodes, échinodermes, oursins…). Nous y avons confié nos trouvailles de la journée pour que les paléontologues portugais qui connaissent Miguel puissent passer chercher nos fossiles et les étudier. Nous avons donc profité de ce musée très riche avant de rentrer au gîte.
Ce soir, c’est poulet à la portugaise, riz et pomme au four !
Jeudi 23 avril
Aujourd’hui, nous avons mis le cap vers des terres du Dévonien comme hier ! Notre destination était le PR2 Miradouro Serra do Bando dos Santos, au nord de Mação. Perchées à plus 600 mètres, ses hauteurs nous offraient une vue imprenable sur la région tout autour. Le but était de trouver des fossiles et d’en rendre compte à un paléontologue de Porto, Rúben Domingos.
Une fois arrivés sur le site, nous avons constaté que nous avions sous les yeux des roches très dures. Ce sont des quartzites, des roches faites de grains de quartz collés les uns aux autres, rendant la roche très résistante. Cela doit être pour cette raison que la localité est très haut perchée : les quartzites sont plus résistantes à l’érosion contrairement aux roches alentour, leur permettant de former des reliefs.
Nous avons commencé à chercher les potentiels fossiles dans ces quartzites qui sont datées du tout début du Dévonien. Très vite, Sarah a trouvé un premier orthocères ! Puis elle a trouvé un gastéropode bien conservé ! Tout le monde l’a imité et a trouvé son fossile au cours de la fouille. Au final, nous avons collecté des orthocères, des brachiopodes, des gastéropodes et un potentiel trilobite, mais ce n’est pas certain, car il n’y aurait qu’un morceau du céphalon qui est très mal préservé. La journée s’est donc révélée très intéressante, et Rúben est très content d’apprendre que tous ces fossiles sont accessibles sur notre site du jour.
Demain, vers la route du retour vers Lisbonne, nous laisserons nos trouvailles au Centro Paleontologico Nery Delgado, comme hier, pour que les paléontologues portugais puissent les récupérer.
Vendredi 24 avril
On se réveille très tôt pour cette dernière journée au programme chargé ! Direction la carrière de Vale des Meios pour aller mesurer des ichnofossiles très impressionnants de dinosaures... Sur une longue surface plate composée de calcaires micritiques du Jurassique moyen (le Bathonien), plus de 700 théropodes de la famille des Megalosauridae ont laissés des empreintes tridactyles parfois très grosses, et on suppose qu’il allaient et venaient au gré des marées de ce qui était alors une plage pour chercher des carcasses. La météo est vraiment bonne, c’est donc l’occasion de prendre un petit déjeuner sur place, en ce haut lieu de la paléontologie portuguaise.
A nouveau sur la route, nous nous dirigeons vers Lisbonne, dernière étape de notre périple titouanesque. Après une semaine dans la nature, on est choqué par la foule et on se serre dans le metro jusqu’à atteindre un petit restaurant où nous dégustons enfin le fameux Bifana. Accompagné de frites bien sûr (enfin de pommes de terre).
Une dernière surprise nous attend, en la présence de Bruno, un doctorant français qui nous fait visiter le Museo Geolо́gico de Lisbonne et son incroyable collection de fossiles allant du Cambrien jusqu’au Pléistocène. Trilobites, ammonites, mammifères... Tout y passe. Mais c’est bien des dinosaures que Bruno veut nous parler, car une nouvelle exposition temporaire présente des holotypes (littéralement les spécimens types à partir desquels sont nommés les genres fossiles !). Les questions fusent, et Bruno crache le morceau : il prépare une thèse sur l’exceptionnelle diversité de dinosaures théropodes présent au Portugal à la fin du Jurassique.
C’est sur cette visite incroyable que notre semaine de fouille au Portugal se termine, bon vol tout le monde ! Comme le disait un monsieur encore plus ancien que nos trilobites : « Nous nous reverrons, un jour où l’autre, salut mon pote ! »
